Consumer insights driving innovation and entrepreneurship As in the majority of markets, the most fundamental source of inspiration for

I dokument Normalizing the Natural A study of menstrual product destigmatization Klintner, Louise (sidor 186-192)

6. Framing Menstrual Products as Positive

6.2. Framing on the organizational level: Innovation and entrepreneurship

6.2.4. Consumer insights driving innovation and entrepreneurship As in the majority of markets, the most fundamental source of inspiration for

Bénédicte Abraham

La première partie de la tragédie de Goethe Faust302, œuvre à laquelle il travailla près de soixante ans, comprend deux parties qui se distinguent autant par leur contenu que par leur forme. La première partie présente l’abîme douloureux dans lequel est plongé Faust, savant désabusé par le savoir ossifié qu’il a accumulé et qui, dans sa quête de bonheur terrestre, va accepter de conclure un pacte avec le diable Méphistophélès : en échange de l’âme de Faust, Méphisto s’engage à fournir à Faust des jouissances terrestres à foison. La seconde partie relève du « drame bourgeois » (bürgerliches Trauerspiel) et est centrée sur la relation amoureuse qui se noue entre Faust et Gretchen303, orchestrée par les soins maléfiques du diable, et qui mènera la pure et simple jeune fille à sa perte. On a souvent voulu voir dans le titanisme de Faust, figure prométhéenne de la transgression, le thème essentiel de la pièce de Goethe tout en constatant pourtant que, sur un strict plan quantitatif, seules les six scènes de la « tragédie du savant » (Gelehrtentragödie) lui sont consacrées, alors que la seconde partie de la tragédie se compose de dix-neuf scènes. Par ailleurs, et comme preuve supplémentaire de l’intérêt que l’auteur portait à cette seconde partie du premier Faust, Goethe a façonné avec un soin tout particulier le personnage de Margarete ; ainsi, la critique a répété à l’envi qu’elle était l’une des créations féminines de Goethe les mieux réussies304, touchante du début à la fin

en raison de sa fraîche naïveté, de la pureté et de la noblesse de son caractère et d’autant plus émouvante et poétique que son microcosme humain contraste avec le désir du savant torturé de saisir le macrocosme dans sa contexture intime. Inspiré en partie à Goethe par la jeune Gretchen de Francfort avec laquelle l’auteur vécut un amour de jeunesse305, comme il le

raconte au cinquième livre de son récit autobiographique Poésie et vérité306, le personnage de Margarete est aussi inspiré à Goethe par le procès contre la mère infanticide Susanna Margaretha Brandt, qui se déroula à Francfort en 1771 et 1772 et que l’écrivain suivit avec grand intérêt. Enfant de la classe moyenne qui rêve d’émancipation et d’ascension sociale, très inférieure à Faust par l’esprit et l’éducation, Gretchen est l’archétype de la jeune femme pure, séduite puis abandonnée307. A Faust revient le rôle caractéristique pour le drame bourgeois du séducteur indécis qui ne surmonte ses scrupules que grâce à la présence de son compagnon diabolique. Dans la perspective d’une réflexion sur les relations familiales sur les scènes européennes entre 1750 et 1850, il nous importe d’explorer la constellation des personnages constituant la famille - ou plutôt le simulacre de famille - de Gretchen et la manière dont cette dernière s’y inscrit. Considéré dans son appartenance à une sphère familiale caractérisée par l’éclatement et l’absence de relations entre les différents membres

302 Johann Wolfgang Goethe, Faust, édition annotée, introduction, notes et commentaires par P. Labatut, Paris,

Masson et Cie éditeurs, 1940. Pour la traduction française, notre édition de référence est : Johann Wolfgang Goethe, Faust, traduit et préfacé par Henri Lichtenberger, Paris, Editions Montaigne, « Collection bilingue des classiques étrangers », 1947.

303 Ce personnage possède deux noms dans la pièce : tantôt appelé Margarete lorsqu’il est fait référence à la

dimension noble et sociale du personnage, tantôt appelé par la forme diminutive, Gretchen, quand il s’agit d’insister sur sa dimension pure et enfantine.

304 Gero von Wilpert, Goethe-Lexikon, Stuttgart, Alfred Kröner Verlag, 1998, p. 421.

305 Hans Albert Maier, « Goethes Gretchen-Mythos », Monatshefte für deutschen Unterricht, n° XLV, 1953, p.

405.

306 Johann Wolfgang Goethe, Aus meinem Leben. Dichtung und Wahrheit, livre V, Zürich, Artemis-Verlag,

1948. Pour l’édition française, nous nous référons à : Johann Wolfgang Goethe, Souvenirs de ma vie. Poésie et

vérité, traduction et préface de Pierre du Colombier, Paris, Aubier, 1941.

restants qui la composent, à savoir la mère de Gretchen et son frère Valentin, le personnage de Gretchen, par-delà son apparente simplicité, apparaît comme un puissant vecteur de contestation idéologique de la part de Goethe. Ce dernier incrimine en sous-texte une famille dysfonctionnante qui place au-dessus d’elle des valeurs morales et religieuses qui lui font négliger l’épanouissement amoureux de l’individu au profit d’un surinvestissement dans les institutions à caractère collectif telles que l’armée ou l’Eglise. Gretchen, en plus d’être victime d’une société qui témoigne d’une sévérité toute particulière envers les femmes308,

comme le rappelle dans la scène intitulée « A la fontaine » (« Am Brunnen ») l’allusion à l’une de ses compagnes d’infortune, Bärbelchen309, est aussi victime de son appartenance à

une famille régie par la confusion des rôles et par l’absence du père. Aucun membre de cette famille ne survit : la mère de Gretchen meurt, peut-être empoisonnée par sa fille en ce que l’on pourrait appeler un acte manqué310, le frère Valentin meurt lors d’un duel avec Faust dont

l’agressivité au combat est attisée par Méphisto, Gretchen meurt au cachot pour avoir noyé l’enfant qu’elle attendait de Faust. Le projet essentiel de ce travail est double : il est d’une part de montrer comment la famille présentée dans Faust I contraste singulièrement avec la représentation que l’auteur donne de la famille en certains passages de son autobiographie et il est d’autre part de chercher à établir un lien entre la famille fragmentée et sans cohérence de Gretchenet le sort tragique qui lui est réservé.

La famille et ses représentations dans Poésie et vérité

Le cercle familial auquel appartient Gretchen et au sein duquel les membres n’ont pas de relations directes311 contraste avec les représentations de la famille que l’on trouve par

ailleurs dans certains passages de l’autobiographie de Goethe Poésie et vérité où l’auteur commence par se situer, empli de respect pour ses aïeux, au sein d’une généalogie à laquelle il rend hommage. Dans ce même texte, il est souvent fait référence à la famille ou à ses différents substituts que Goethe est amené à rencontrer au cours de sa jeunesse et de ses études. Les termes « unité familiale » (« Familieneinheit ») ou « cohésion ou cohérence familiale » (« Familienzusammenhang ») ou encore « cercle familial » (« Familienkreis ») surgissent à plusieurs reprises dans les pages de son autobiographie312, venant évoquer l’idée

que Goethe reconnaît comme étant siennes les valeurs de la famille unifiée qu’il désigne parfois comme un cercle de sociabilité restreint. La famille du conseiller privé von La Roche est par exemple décrite par Goethe comme un espace de convivialité et de partage intellectuel :

Annoncé par Merck, je fus reçu très aimablement par noble famille et bien vite regardé comme un de leurs membres. Mes inclinations littéraires et sentimentales me liaient avec la mère, ma mondanité gaie avec le père, et ma jeunesse avec les filles313.

308 A ce propos, on peut lire la scène « Am Brunnen », Johann Wolfgang Goethe, Faust, op. cit, v. 3544-3586,

trad. fr., p. 119-120.

309 On peut aussi évoquer les destins tragiques de ces femmes piétinées, ces « fleurs fragiles » de la poésie

goethéenne, Das Veilchen et Heidenröslein.

310 Pour une réflexion approfondie sur les significations possibles des gouttes administrées par Gretchen à sa

mère, nous renvoyons à l’article de Christoph Müller cité plus haut.

311 Notons qu’à aucun moment les membres de cette famille ne sont rassemblés sur scène, si l’on excepte la

scène du duel entre Faust et Valentin, où Gretchen vient assister son frère soldat agonisant dans la rue : il s’agit cependant d’une scène collective.

312 Johann Wolfgang Goethe, Aus meinem Leben. Dichtung und Wahrheit, op. cit., notamment aux livres IV, XII,

XVII, XVIII et respectivement aux pages 128, 592, 769 et 782.

313 Johann Wolfgang Goethe, Souvenirs de ma vie. Poésie et vérité, op. cit., p. 357. Johann Wolfgang Goethe,

Dichtung und Wahrheit, op. cit., livre XIII, p. 609 : « Angekündigt von Merck, ward ich von dieser edlen

Familie sehr freundlich empfangen, und geschwind als ein Glied derselben betrachtet. Mit der Mutter verband mich mein belletristisches und sentimentales Streben, mit dem Vater ein heiterer Weltsinn, und mit den Töchtern meine Jugend. »

Espace de dialogue et de culture, comme Goethe le suggère au livre XIX314, la famille contribue à favoriser la plénitude et la formation de l’individu, à tel point que Goethe dit même ressentir un grand vide dans l’âme lorsqu’il quitte la famille qui l’accueille à Sesenheim :

Mais depuis que j’avais quitté le cercle familial de Sesenheim et puis ensuite mon milieu d’amis de Francfort et Darmstadt, il m’était resté dans le cœur un vide que je n’arrivais pas à remplir315. On peut noter que Goethe semble faire de la famille un cercle de sociabilité et n’en évoque la dimension affective qu’en filigrane. A deux reprises, au livre XI de son récit autobiographique, il associe dans son discours la famille et la société316, comme si dans la famille telle qu’il la perçoit, la dimension sociale primait sur la dimension intime et affective. C’est au sein de la famille que le jeune Goethe développe et parfait sa Bildung317 que l’on

pourrait traduire ici par « forme » ou par « formation individuelle ». Il sera montré plus loin que Gretchen ne reçoit aucune Bildung au sein du cercle familial, qu’elle n’est la dépositaire que d’une Erziehung, une éducation imposée de l’extérieur selon des principes rigides. Elle aurait peut-être pu être sauvée par la Bildung que lui proposait aussi l’amour rencontré en la personne de Faust, mais elle est victime d’un séducteur infidèle dont les agissements sont orchestrés par le diable et qui confond l’intensité de l’amour avec sa durée. La dissymétrie entre eux étant trop accusée, la rencontre du titan Faust et de l’humble servante Gretchen ne peut qu’échouer.

Dans la scène « Le soir », qui suit la scène de la rencontre initiale entre Faust et Margarete, le portrait de la jeune fille est confirmé. La didascalie qui mentionne « une chambrette très propre » renvoie à la symbolique du lieu et du milieu dans lesquels la vie quotidienne de Gretchen se déroule et renseigne d’emblée sur la modeste condition de l’héroïne ainsi que sur ses vertus domestiques. Méphisto lui-même reconnaîtra à Margarete sa vertu ménagère318. L’atmosphère de pureté et de sérénité qui règne dans la chambre de

Margarete est comme le reflet matérialisé de son âme et inspire à Faust, qui pénètre dans sa chambre à son insu en compagnie du diable, un respect quasi religieux. Sous la gêne matérielle, Faust devine la richesse morale319 et voit se cristalliser dans l’existence simple et

ordonnée de Gretchen le bonheur d’une famille modeste s’exprimant dans l’accomplissement humble des devoirs quotidiens. Ce fait n’est pas sans rappeler un passage d’une lettre de Werther à son ami Wilhelm, dans lequel il fait l’apologie de la douceur de la vie familiale320. Faust fait en cet endroit l’apologie de la famille321, qu’il présente comme une chaîne qu’il

serait mal de briser et rappelle ainsi l’enthousiasme vertueux du dix-huitième siècle pour la vie familiale. Quelques vers plus loin, il évoque la fête de Noël, lors de laquelle la famille 314 Johann Wolfgang Goethe, Souvenirs de ma vie. Poésie et vérité, op. cit., p. 229. Johann Wolfgang Goethe,

Dichtung und Wahrheit, op. cit., livre IX, p. 391 : « Allein dieses anmutige heitere Dasein einer einzelnen

Familie, diese Kommunikation von oben bis unten », « Mais cet agrément, cette gaieté de l’existence pour une seule famille, cette communication de haut en bas […] ».

315 Johann Wolfgang Goethe, Souvenirs de ma vie. Poésie et vérité, op. cit., p. 346. Johann Wolfgang Goethe,

Dichtung und Wahrheit, op. cit., livre XII, p. 592 : « Aber seitdem ich jenen Familienkreis zu Sesenheim und

nun wieder meinen Freundeszirkel zu Frankfurt und Darmstadt verlassen, war mir eine Leere im Busen geblieben, die ich auszufüllen nicht vermochte. »

316 Ibid., livre XI, p. 495 et p. 513.

317 Pour une définition plus ample du mot Bildung, nous renvoyons à l’article de Michel Espagne dans

Dictionnaire du monde germanique, Paris, Bayard, 2007, p. 131-132.

318 Johann Wolfgang Goethe, Faust, Paris, Masson et Cie éditeurs, 1940, v. 2686 : « Nicht jedes Mädchen hält so

rein », « Toute fille n’a point tant d’ordre en sa demeure » [trad. fr. p. 88].

319 Ibid., v. 2693 : « In dieser Armut welche Fülle ! », « Dans cette pauvreté, que de béatitude ! » [trad. fr, p. 89]. 320 Johann Wolfgang Goethe, Les souffrances du jeune Werther, Paris, Le livre de poche, 1999, p. 69.

prend profondément conscience d’elle-même et de ses vertus322. Margarete incarne aux yeux

de Faust, qui quitte l’habit de libertin pour endosser celui de l’adorateur sentimental, la vie domestique idéalisée.

Le dysfonctionnement des relations familiales dans la Gretchentragödie

Le regard que Goethe porte sur le personnage de la mère de Gretchen et sur d’autres personnages de mère dans son œuvre est particulièrement sévère. Une Ballade323 de l’auteur

s’ouvre par exemple sur une allusion à l’activité pieuse de la mère et secondairement à l’absence du père parti chasser les loups. Ce sont deux motifs repris dans la seconde partie de

Faust I avec intention de les critiquer. Goethe dresse dans cette pièce le portrait d’une mère

étroitement bigote et détournée de ses devoirs maternels par son dévouement envers l’Eglise. La seconde partie de la scène « Le soir » est constituée du retour de Margarete après l’intrusion de Faust et Méphisto dans son intérieur. Face au danger sourdement pressenti, elle en appelle spontanément à la mère absente. C’est la première fois que la mère est évoquée dans la Gretchentragödie et présentée comme une instance aussi limitatrice que protectrice s’interposant entre Margarete et le monde extérieur324. A cet endroit du texte perce déjà la

critique de la religion que confirmeront plusieurs scènes ultérieures. La religion joue un rôle non négligeable dans l’absence de lien entre Gretchen et sa mère. Goethe choisit de faire la critique de ce personnage en le reléguant au hors-texte325 et en en faisant l’objet d’évocations

toujours indirectes, qui sont notamment le fait du diable. Ce personnage de mère défaillante justifie à lui seul le fait que Gretchen choisisse de chercher une alliée et une confidente en la personne de la voisine, personnage ambigu qui fonctionne comme un substitut maternel, de mauvais aloi toutefois, Marthe étant une veuve animée autant par la curiosité malsaine et que par une cupidité déplacée et qui va, en endossant le rôle de l’entremetteuse, contribuer à précipiter Gretchen vers son destin tragique. Gretchen éprouve surtout de la crainte vis-à-vis de sa mère326 et c’est pour cette raison qu’elle choisit de faire de la voisine sa confidente. Elle exprime à plusieurs reprises que la morale bourgeoise et soi-disant vertueuse que sa mère incarne pèse sur elle comme une menace larvée327. Dans la scène « Le jardin de Marthe » resurgit l’idée que la mère est un frein au désir d’émancipation de la fille :

Hélas, si je dormais seule dans la maison, Je ne pousserais pas cette nuit la serrure, Mais ma mère n’a pas le sommeil bien profond ; Si nous étions surpris par elle, d’aventure, J’en mourrais, je crois, dans l’instant.328

C’est dans cette scène que Faust propose à Gretchen d’administrer à sa mère un narcotique329, dont le texte laisse ultérieurement penser qu’il lui est fatal et que Gretchen aurait alors tué sa mère par amour pour Faust330. La seule femme de la génération de sa mère avec laquelle Gretchen a donc un lien direct est la voisine : les deux femmes ont tissé une relation faite de complicité et de tendresse, ce que montre entre autres le surnom par lequel 322 Ibid., v. 2699-2701 (trad. fr., p. 89).

323 Johann Wolfgang Goethe, Gedichte, « Ballade », Stuttgart, Reclam, 1998, p. 167.

324Heinz Politzer : « Gretchen im Urfaust », Monatshefte für deutschen Unterricht, n° 2, 1957, p. 50. 325 Voir l’article de Christoph Müller.

326 Johann Wolfgang Goethe, Faust, op. cit, v. 2895 [trad. fr., p. 95]. 327 Ibid., v. 3206 [trad. fr., p. 107].

328 Ibid., « Marthens Garten », v. 3505-3509 : « Ach, wenn ich nur alleine schlief ! / Ich ließ’ dir gern heut Nacht

den Riegel offen ; / Doch meine Mutter schläft nicht tief, / Und würden wir von ihr betroffen, / Ich wär’gleich auf der Stelle tot ! » [trad. fr., p. 117].

329 Ibid., v. 3510-3513 [trad. fr., p. 117]. 330 Ibid., v. 3514-3515 [trad. fr., p. 117].

Marthe s’adresse à Gretchen en l’appelant « Gretelchen »331. Elle joue le rôle de conseillère et

confidente auprès de la jeune fille, l’incitant à dissimuler le coffret de peur que la mère de la jeune fille ne le trouve :

Bon ! Ne va surtout pas le redire à ta mère Pour qu’elle aille aussitôt tout porter au curé.332

La voisine, dont l’honorabilité n’est qu’apparente, exerce en fait une influence légèrement corruptrice et pernicieuse sur la jeune fille. Ainsi, Margarete est maintenue par les deux femmes de la génération précédente dans un état infantile333 qui explique le portrait toujours humble et soumis qu’elle présente d’elle-même334. Elle subit également l’ascendant de la

voisine et n’a que peu de liberté d’action et de pensée. Elle accepte tacitement de rencontrer Faust, mais le rendez-vous est initialement pris par Marthe335. Ainsi, Gretchen se laisse entraîner sur une voie dangereuse en cachette de sa mère, à laquelle on peut reprocher de ne jamais être là au moment décisif, la bigoterie lui ayant fait progressivement perdre le sens de ses devoirs maternels. De manière générale, ces deux femmes appartenant à la génération antérieure à celle de Gretchen sont associées de façon évidente ou plus larvée au diable. C’est Méphisto qui brosse le portrait peu flatteur de la mère336 de Gretchen à la scène intitulée « Promenade » :

Pensez-donc ! Les bijoux pour Gretchen apportés, Un prêtre nous les a, soudain, escamotés.

La mère, ayant considéré l’affaire,

Commence en tapinois à s’effrayer un brin. C’est que la bonne femme a le nez des plus fins, Toujours fourré qu’il est dans son livre à prières Elle va reniflant le moindre petit rien

Pour savoir si l’objet est profane ou chrétien. Elle a donc aussitôt compris que la parure N’était pas chose en soi très sainte ni très pure.337

La mère est elle-même sous l’autorité de l’Eglise et s’en remet immédiatement au curé pour légiférer sur le sort à réserver au coffret à bijoux338. D’un point de vue symbolique, la scène où Gretchen se plaît à s’imaginer parée des bijoux est révélatrice de son espoir d’ascension sociale doublé d’un espoir d’accession à une féminité plus affirmée et plus mature ; l’une comme l’autre lui sont ravies par la mère. Le diable présente la mère de Margarete comme un être primaire qui flaire et renifle - ce que met en évidence le champ sémantique de l’odorat développé dans le passage cité ci-dessus - plus qu’il ne pense et qui partage de façon fort simpliste l’ordre du monde en deux catégories distinctes : le sacré et le profane. Méphisto parodie le langage plein d’onction utilisé par la mère, qui étouffe la liberté 331 Ibid., v. 2873 [trad. fr., p. 95].

332 Ibid., v. 2879-2880: « Das muß Sie nicht der Mutter sagen / Tät’s wieder gleich zur Beichte tragen » [trad. fr.,

p. 95].

333 Ibid., v. 2905-2906 ; v. 2944 ; v. 3008 [trad. fr., p. 96, 97 et 99]. 334 Ibid., v. 2907 [trad. fr., p. 96].

335 Ibid., v. 3023-3024 [trad. fr., p. 100].

336 Quant à la voisine Marthe, elle nourrit le projet non désintéressé de se marier en secondes noces avec

Méphisto, après qu’il lui eut menti et appris la mort de son mari.

337 Johann Wolfgang Goethe, Faust, op. cit., « Spaziergang », v. 2815-2822 : « Die Mutter kriegt das Ding zu

schauen, / Gleich fängt’s ihr heimlich an zu grauen ; / Die Frau hat gar einen feinen Geruch, / Schnuffelt immer im Gebetbuch, / Und riecht’s einem jedem Möbel an, / Ob das Ding heilig ist oder profan; / Und an dem

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